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La coopération : une si délicate entreprise

On a toujours le choix. On est même la somme de ses choix.

Joseph O'Connor

(Merci Lilo pour les citations !!)

Nous sommes très nombreux à communiquer sur la coopération et l'Intelligence Collective ou Coopérative et combien parmi nous y parviennent de manière durable ?

Quelques confusions autour de la notion de coopération

Coopération et possession

Il y a celles et ceux qui confondent coopération et absorption : c'est-à-dire qu'ils entendent par coopération le fait de venir dans leur écosystème pour y contribuer et l'invitation devient très vite exclusive. Il n'est pas question que chacun apporte son propre écosystème et son altérité mais que l'un abandonne l'essentiel de ses engagements pour contribuer à l'écosystème de l'autre. Et lorsque deux éco-systèmes projettent de tisser ensemble c'est alors vécu comme de la compétition. Evidemment cela n'est pas de la coopération.

Et rappelons-nous que chaque parole posée sur autrui parle d'abord de soi-même.

Les membres d'un collectif n'appartiennent à personne, sauf à eux-mêmes

Ou croire que les personnes d'un collectif nous "appartiennent" et que par conséquent ils ou elles doivent choisir entre un projet ou un autre. Chacun est un être libre de droit, fondamentalement. Il est souverain comme le disent les nouvelles formes de gouvernance. Ecouter son coeur et ce qui est vibrant en soi (pour celui qui vient contribuer) et composer avec les élans des personnes qui viennent apporter leur énergie et leur créactivité (pour le porteur de projet) et tisser ensemble, en mode essaim le temps du juste investissement fait revisiter les composantes de l'engagement comme celles de la viabilité du projet. Comment tient-il s'il n'y a pas d'association et de cotisation et un engagement à vie? C'est alors accepter que notre paradigme a changé et faire de l'aspect "volatile" une force pour se réinventer en Intelligence Collective avec de nouvelles modalités. Et oui cela pose alors le débat de la liberté et de l'engagement. Alors osons en débattre et co-créer des organisations qui s'y adaptent.

Il ne sert à rien de lutter contre l'évolution d'un paradigme, plutôt de chercher à réussir la transition.

Utiliser le collectif à ses fins personnelles

Faire oeuvre commune c'est aussi partager un élan, une vision et certains utilisent le projet des autres principalement pour se faire valoir. Cela peut se comprendre, mais nous avons encore à cheminer pour apaiser nos égos et permettre que nos tissages s'élaborent sur les bases de la voie du Hozo, comme le disent les Indiens Navajos (paix, harmonie, joie, créativité ...).

Il faut de la générosité pour réellement coopérer, du don de soi et du don à l'autre. Certains restent dans le déséquilibre d'une des polarisés, trop de don, on s'oublie et c'est le risque de ne pas parvenir à s'affirmer avec justesse. Trop de recevoir c'est prendre et ramener à soi quand ce n'est pas de la prédation et là l'égo a besoin de rayonner excessivement.

Nous sommes alors invités à trouver la juste posture et à rassurer cette partie de soi, meurtrie, qui s'exprime soit au travers du complexe d'infériorité ou de supériorité afin de crier la même chose : "j'ai besoin d'exister et d'être reconnu!".

Choisissons de contribuer avec justesse, sachons écouter l'avis d'autrui, sachons co-construire, sans pour autant perdre et sans trop briller non plus, juste ce qu'il faut, alors le projet commun deviendra un chef d'oeuvre.

Du territoire de l'individualisme aux berges de l'authenticité

Notre besoin de sens est si fort que nous cherchons à tisser avec d'autres les fils d'un avenir commun qui ressemble à nos idéaux mais qui va se heurter assez vite aux parois de la réalité de nos comportements. Nous venons d'un terreau individualiste et coopérer peut apparaître comme coûteuse en investissement relationnel.

Car il n'y a pas de coopération sans réel échange, partage, dialogue, long et détaillé pour se comprendre dans l'explication de nos différences. Lorsque nos altérités se frottent, nos égos s'arc-boutent et il nous faut la patience de vouloir tisser avec l'autre et un amour inconditionnel pour réussir à embrasser l'autre au-delà de ce qui nous agace en premier lieu chez lui.

Les bienfaits de notre part d'ombre

Bien évidemment, cet agacement est à regarder en miroir. En quoi ce qui nous irrite chez l'autre trouve-t-il un écho chez nous? Quelle est cette part d'ombre que nous n'avions pas vue et qui pourrait s'exprimer?

Osons la regarder, y faire face, la reconnaître et dialoguer avec autrui. Nous ferons alors l'expérience magique de la dissolution de la difficulté par l'énonciation de nos inconforts, frustrations jusqu'à toucher nos besoins fondamentaux dissimulés sous les épaisseurs de nos réactivités émotionnelles.

La maturité émotionnelle : indicateur de maturité à coopérer

C'est alors un bon indicateur de maturité émotionnelle que de pouvoir ou non dialoguer avec une personne avec qui l'on veut coopérer. Et si l'on touche un aspect délicat et qu'elle vous dit : "je ne souhaite pas aller plus loin car c'est trop couteux en énergie". Vous pouvez vous dire que la personne n'est pas prête à faire le trajet intérieur de la rencontre de ses ombres pour tisser véritablement avec l'altérité.

Et combien parmi nous, se fourvoie dans un discours sur la coopération sans parvenir à l'incarner? La bonne nouvelle cela nous est arrivé à tous. L'essentiel est d'en avoir conscience et de décider de regarder ce qui doit encore être apaisé en soi, ce qui a du mal à être regardé de manière à y faire face et à oser le transformer.

L'authenticité : clé des tissages durables

Sur le chemin de la coopération et de l'Intelligence Collective, quand nous sommes prêts, nous pouvons décider de dépasser nos résistances internes et nos immaturités relationnelles et entrer dans le merveilleux territoire de l'authenticité. Cet espace où nous osons dire qui nous sommes, contacter nos blessures qui nous ont jusqu'ici empêché de rencontrer totalement autrui.

Une fois ouverte cette porte vers l'authenticité de soi et dans la relation à autrui, un champ de merveilles, tel une prairie de coquelicots s'ouvre. Et ce sont alors les cadeaux relationnels qui pleuvent.

Le nombre de conflits : indicateur de maturité émotionnelle

Un autre indicateur de notre maturité émotionnelle et relationnelle est de savoir combien de conflits nous gérons. Lorsque ceux-ci sont quasiment le quotidien, peut-être faut-il s'interroger sur les modalités de notre entrée en relation avec autrui.

Car toujours reporter sur autrui la responsabilité de l'échec de la coopération est une attitude puérile. Elle est évidemment l'affaire et la responsabilité des deux. Etre en désaccord est la traduction de nos altérités qui se rencontrent. Laisser évoluer le désaccord en conflit et ceci de manière régulière, surtout sans prendre en considération le point de vue d'autrui garantit de rester coincé dans le cercle des répétitions des conflits puisque la dynamique relationnelle n'est pas saisie et dépassée.

Et quand la dynamique conflictuelle revient c'est sans doute pour nous stimuler à nouveau sur notre capacité à co-créer avec l'autre lorsque sa différence s'exprime et que nous nous sommes peut-être endormis dans quelques lauriers confortables. La stimulation d'autrui vient alors nous aider à aller plus loin en nous pour donner davantage dans la relation et qui sait, au monde?

La position haute et l'équivalence d'humanité

Un autre frein à la coopération et par conséquent à la véritable rencontre avec autrui est la position haute, celle de sachant, de celui qui se sent supérieur et qui l'affiche. Pour établir une relation permettant la coopération avec autrui, il est essentiel qu'il y ait un terreau de confiance et d'équivalence humaine. Ceci afin que se déploie cette relation d'authenticité qui nous permet de nous livrer, sans retenue ni tabou, et de fournir à l'autre les conditions de sécurité pour qu'il se dévoile à son tour. Alors le fil ténu qui unissait les deux parties de la relation devient-il, avec le temps, une corde solide à laquelle amarrer le bateau des possibles.

Cette équivalence d'humanité implique d'avoir pu apaiser son ego de son besoin criant de reconnaissance conduisant aux comportements de comparaison et de compétition.

S'engager dans l'apprentissage de la coopération c'est alors faire ce chemin passionnant de la rencontre avec autrui, tutoyer les aspérités de la différence et rechercher un terrain de conciliation des points de vue opposés afin qu'un espace "tiers" de dialogue puisse émerger et se développer.

Christine Marsan, 22 septembre 2017

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